Depuis quelques années, l’« éducation positive » est devenue un mot à la mode. On a voulu, à juste titre, mettre fin aux méthodes brutales qui dominaient autrefois.
Mais aujourd’hui, beaucoup d’écoles ou d’éducateurs en ont réduit l’essence à une seule pratique : donner des friandises à tout va. Chaque exercice est accompagné d’un bout de saucisse, chaque geste devient conditionné par une récompense alimentaire.
Résultat : on est passé du « coup de collier » au « gavage de saucisses ». Mais est-ce vraiment respectueux de l’animal ? Est-ce une vraie relation équilibrée ?
Mon objectif ici est d’ouvrir une autre perspective — plus respectueuse des codes canins, plus solide et plus durable pour la relation
Ce que devrait être l’« éducation positive » (et ce qu’elle n’est pas)
L’éducation positive n’est pas synonyme de “bonbons à chaque geste”.
Elle devrait d’abord être : respect de l’espèce, clarté du cadre, cohérence, écoute, renforcements variés (jeu, voix, regard, proximité, liberté…), et usage ponctuel de la nourriture, pas un chantage permanent.
Les dégâts cachés du gavage de friandises
Beaucoup de chiens finissent complètement désorientés :
- Leurs codes de communication naturels sont perturbés.
- Ils ne comprennent plus ce qu’on attend d’eux en dehors du moment où une friandise apparaît.
- La relation se réduit à une transaction : « je t’obéis si tu me donnes à manger ».
Résultat ? Des chiens perdus, frustrés, parfois même agressifs, parce que leurs besoins fondamentaux – être compris, avoir une vraie place dans le groupe, être respectés dans leur langage – ne sont pas entendus.

Les faux arguments… et la réalité
❌ « La nourriture, c’est du renforcement positif, donc c’est scientifique et efficace. »
✅ Oui, c’est efficace… pour conditionner un réflexe. Mais l’éducation ne se réduit pas à du conditionnement mécanique. Un chien n’est pas un rat de laboratoire : il a des codes sociaux, une intelligence émotionnelle et une compréhension fine de notre langage. La vraie efficacité, c’est celle qui construit une relation durable, pas un automatisme fragile.
❌ « On récompense seulement, on ne gave pas ! »
✅ Venez sur un terrain d’éducation aujourd’hui : beaucoup de chiens passent les séances à engloutir saucisses et fromages. Et que se passe-t-il quand la friandise disparaît ? L’obéissance s’évapore. Dans ma pratique, j’ai vu des chiens devenus obèses, stressés ou dépendants à la nourriture à cause de ce système.
❌ « Mieux vaut les friandises que les coups ! »
✅ Évidemment. Mais opposer les deux extrêmes est un faux choix. On peut parfaitement éduquer avec douceur, sans violence et sans chantage alimentaire. L’éducation respectueuse ne se situe pas dans le « moins pire », mais dans une vraie cohérence relationnelle.
❌ « On supprime progressivement les friandises, les éducateurs savent faire. »
✅ En théorie, oui. En pratique, combien le font réellement ? Et combien de familles réussissent seules à sevrer leur chien après quelques séances ? Très peu. Résultat : le chien reste dépendant, et la relation stagne dans une logique de troc.
❌ « Mon chien adore ça, donc ça lui fait plaisir ! »
✅ Oui, comme nous on adore le sucre. Mais cela ne signifie pas que ce soit bon pour lui. La dépendance alimentaire n’est pas un signe de bonheur, mais de conditionnement. Le plaisir partagé peut venir du jeu, de la liberté, du regard, de la coopération… pas uniquement de ce qui se mange.
Les vrais dangers de l’éducation aux friandises
- Un chien réduit à un ventre sur pattes : il n’obéit plus par compréhension, mais par appât.
- Un brouillage des codes sociaux : la nourriture a une valeur hiérarchique forte chez le chien. En détourner l’usage, c’est envoyer des signaux contradictoires.
- Un apprentissage fragile : sans friandise, plus d’obéissance.
- Un risque pour la santé : obésité, déséquilibres, troubles digestifs…
- Une relation tronquée : basée sur l’intérêt, pas sur la confiance.
- Une attention déportée : le chien fixe la main, la poche, le sac, et n’écoute plus votre corps, votre voix, votre intention.
Le vrai respect : une relation basée sur la compréhension
Un chien n’est pas un robot à programmer avec des bouts de saucisses.
C’est un être sensible, doté d’un langage subtil, de besoins émotionnels et sociaux.
Le vrai respect, c’est apprendre à lire et comprendre ce langage.
C’est lui offrir une relation claire, sécurisante, équilibrée.
C’est construire un lien basé sur la confiance et l’amour, pas sur la dépendance alimentaire.

Une autre voie est possible (et elle fonctionne)
Je ne suis pas d’accord avec ces pratiques car il existe d’autres voies bien plus respectueuses du chien pour obtenir sa coopération.
Mon approche n’est ni celle de la violence d’hier, ni celle du gavage d’aujourd’hui.
Elle repose sur :
- L’écoute et l’observation : comprendre les besoins réels de l’animal.
- La clarté : des règles cohérentes, compréhensibles par un chien.
- Des renforcements variés : la voix, le regard, le jeu, la proximité, la liberté donnée au bon moment, l’attention de l’humain.
- Un usage ponctuel de la friandise : oui, mais jamais comme chantage ni comme base de la relation.
Concrètement, comment remplacer les friandises au quotidien ?
- Récompenser par les félicitations et par la vie : la manifestation de notre contentement, une liberté de flairer, de courir, de jouer 2 minutes après un bon comportement.
- Capter autrement : voix posée, regard, posture, micro-gestes clairs.
- Valoriser le calme : marquer une respiration, une posture apaisée → puis on repart.
- Varier et espacer : toutes les récompenses ne sont pas systématiques ; on alterne social, jeu, liberté, nourriture (ponctuelle et adaptée à certains cas).
- Sécuriser le cadre : rituels, temps calmes, sorties adaptées à son niveau d’énergie.
C’est une éducation respectueuse, durable et équilibrée
Et ce n’est pas la seule dérive que j’observe aujourd’hui : une autre évolution que je ne cautionne pas, c’est la tendance à vouloir nier l’existence même de la hiérarchie.
Le sujet tabou : la hiérarchie
On me dit souvent que je suis « ringarde » quand j’emploie le mot « hiérarchie ». Comme si parler de hiérarchie voulait dire être violent ou dominateur.
En réalité, la hiérarchie n’est ni bonne ni mauvaise : c’est une organisation sociale.
L’homme vit dans une société hiérarchisée, le chien aussi, avec ses propres codes.
Ce qui compte, ce n’est pas son existence, c’est la manière dont elle est exercée.
- Le Dalaï Lama est un immense « dominant » au sens canin : calme, fiable, équilibré, respecté.
- Hitler aussi exerçait une domination… mais pas une dominance car destructrice.
La différence est là : chez le chien, le véritable dominant est un individu rassurant, stable, protecteur.
L’agressif n’est pas un « chef » : c’est un déséquilibré, l’équivalent d’un délinquant chez nous.
Moralité : soyons tous des Dalaï Lama pour nos chiens !
Être la figure stable et fiable dont ils ont besoin : pas un tyran, pas un distributeur automatique de friandises mais un leader, un guide, et cela, ça se mérite !
Quand l’éducation « positive » aurait pu mener au drame
Je pense ici à Hope, ce petit chien dont l’histoire m’a marquée à vie et que j’ai racontée dans mon livre.
Tout a commencé par un mail reçu d’une de mes étudiantes, au sujet d’un Jack Russell de 3 ans décrit comme « chien mordeur ». Rebaptisé plusieurs fois par ses familles successives, ballotté et incompris, Hope enchaînait les échecs d’adoption.
Les éducateurs qui s’étaient succédé avaient proposé la même “solution” : jeter des saucisses pour détourner son attention lorsqu’il devenait incontrôlable.
Effet réel ? Le chien a appris que sa crise déclenchait la nourriture. Sans que la famille ne s’en rende compte, le comportement s’est instrumentalisé : lorsqu’il voulait sa récompense, la crise revenait, plus intense, plus longue.
C’est un peu comme un enfant qui se roule par terre dans un magasin : si on cède une fois, il a compris la clé.
Progressivement, un cercle vicieux s’installe : le chien devient de plus en plus difficile à gérer, on propose alors une médicalisation lourde, et l’histoire peut mal se terminer si rien ne change.
L’histoire de Hope illustre combien un mauvais accompagnement peut conduire une famille dans une impasse.
Et malheureusement, Hope est loin d’être un cas isolé : ce type de consultations m’est présenté très régulièrement, et avec des chiens de toutes races.
Et le pire c’est que nombreux sont les cas où le problème ne se serait pas posé si les familles n’avaient pas pratiqué ce type d’éducation canine. Pour ces chiens, l’utilisation des friandises à tort et à travers a été un élément déterminant dans leur évolution comportementale.
Aimer son chien, ce n’est vraiment pas ça.
Si je n’étais pas intervenue, Hope aurait été condamné pour des problèmes qu’il n’aurait probablement jamais eus… si son éducation avait été respectueuse dès le départ.
Pour aller plus loin :
Si ce sujet résonne pour vous, je vous invite à découvrir :
-
Mon livre sur Hope : une histoire vraie, bouleversante et porteuse d’espoir.
-
Le programme Chien Zen : pour construire une relation harmonieuse, respectueuse et sereine avec votre compagnon, sans saucisses, sans coups, mais avec compréhension et amour.
Questions fréquentes (et réponses claires)
« Sans friandises, il ne fait rien. »
C’est justement le signe d’un apprentissage fragile. On réintroduit des renforcements sociaux et ludiques, on stoppe tout usage des friandises car le chien est souvent dans une instrumentalisation ou une incompréhension, on clarifie les attentes et on rétablit les règles. Le chien a besoin de douceur mais aussi de fermeté et de cohérence dans nos codes . Le but : qu’il coopère par confiance, pas par troc.
« Et avec un chiot ? »
Un chiot apprend vite et il est ravi de nous faire plaisir ! Pas besoin de rajouter de la nourriture et de créer des repères instables. Oui, on peut lui donner des friandises (en les choisissant de qualité) pour son plaisir, pas pour le faire obéir : vous n’êtes pas dresseur de cirque ! On installe d’emblée le cadre, les codes sociaux, et des récompenses variées. On ne construit pas l’éducation sur la friandise.
« Mon chien est très stressé : la nourriture l’apaise. »
Parfois, sur le moment, oui. Mais sur le long terme, on n’apaise pas une émotion en la noyant dans la nourriture. On travaille la sécurité, la lisibilité des situations, et on renforce le calme autrement (respiration, distance, routine apaisante). Nous travaillons beaucoup avec mon approche sur la gestion des émotions, la sienne et la vôtre, avec les fleurs de Bach, les soins énergétiques, la lithothérapie… Il y a néanmoins quelques rares cas où j’utilise les friandises dans ma pratique pendant une période, ce sont par exemple les chiens qui ont vécu un syndrome de privation sensoriel ou qui sont phobiques. Cela permet parfois une évolution plus rapide de l’animal et selon l’ampleur du problème, cela peut se justifier, quitte à reconstruire la relation une fois la phase critique passée.
« Et si j’utilise des friandises “santé” ? »
La qualité ne change pas le message éducatif. Bien sûr, la qualité de ce que l’on donne est très importante. Dans ce contexte, ce n’est pas tant « ce qu’on met » qui pose un problème, que le message qu’on envoie. C’est comment on l’utilise et ce que le chien apprend de la situation qui nuit à la compréhension et à la qualité de la relation.
Nous avons heureusement quitté l’époque du bâton. Ne tombons pas dans l’excès inverse !
Nos chiens ne méritent ni des coups ni les dégâts faits pas les saucisses.
Ils méritent une relation fondée sur la compréhension, le respect, la confiance et l’amour.
Avant de sortir la saucisse, posez-vous la question :
Est-ce que je nourris son ventre… ou notre relation ?